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Gestion de parcelles : sous le signe du progrès

Du 15 au 22 décembre ont eu lieu les réunions des 10 groupes gestion de parcelles de Meurthe-et-Moselle, l’occasion pour les 150 agriculteurs adhérents au service de la Chambre d’agriculture de prendre du recul sur les performances de leurs ateliers culture de vente et de faire un point sur l’actualité technique.

Une récolte 2017 tout juste moyenne

Bien qu’habitués aux « surprises climatiques », les agriculteurs meurthe-et-mosellans ont dû mettre en œuvre beaucoup de souplesse dans leurs pratiques pour s’adapter à des épisodes climatiques marqués parmi lesquels : automne et printemps sec, fortes gelées de fin avril puis des épisodes caniculaires en mai et juin. Les conséquences ont été multiples et notamment une diminution de la sole de colza, des dégâts de gel localisés et  des remplissages de grains des céréales fortement perturbés notamment en terres superficielles. Cependant, avec une sole de cultures d’été en augmentation, une quasi absence de nuisibilité des maladies fongiques et des charges opérationnelles raisonnées de près, la marge brute moyenne  de l’atelier céréale revient à un niveau légèrement inférieur aux normales, mais avec de très grosses disparités. En effet, les secteurs à sols séchants ont été très pénalisés en céréales, et ce, d’autant plus qu’ils se situaient au centre et au Nord du département, moins arrosé que les secteurs sud. Au final, les rendements blé et orges  sont en dessous des moyennes historiques,  les colzas s’en sortent plutôt bien avec 33 q/ha mais sur une sole réduite et ce sont les cultures d’été qui tirent les rendements vers le haut avec notamment 100 q/ha en maïs grain et 35 q/ha en tournesol.

 

Après l’analyse de ces résultats, les échanges ont été centrés autour des évolutions techniques et règlementaires qui obligent au mouvement. En effet, côté technique, le constat va en s’amplifiant depuis plusieurs années : les phénomènes de résistance sont dorénavant généralisés, tant au niveau des adventices avec par exemple une omniprésence de graminées multi-résistantes aux principales familles d’herbicides, qu’au niveau des pathogènes fongiques avec notamment des souches de septoriose qui ont évolué pour devenir très peu sensibles aux principales solutions fongicides. Un temps a bien sûr été consacré à la découverte des nouvelles spécialités phytosanitaires mais avec cet éclairage nécessaire : peu ou pas de nouvelles molécules mais principalement des recombinaisons de molécules existantes. Côté règlementaire, les spécialités phytosanitaires sont maintenant soumises à de fortes contraintes d’utilisation telles que DVP, diminution des doses autorisées, interdictions sur sols drainés etc.. De plus, le renouvellement des spécialités est faible si bien qu’au final, toutes ces contraintes mises bout à bout, l’efficience de la chimie n’est plus suffisante pour garder un  niveau de performance acceptable et assurer une durabilité à nos pratiques sans adaptation.

La rotation, élément clef de la performance agronomique et économique

L’objet de ces rencontres est donc aussi et surtout que ces agriculteurs confrontent leurs expériences et s’approprient de nouvelles solutions techniques pour mettre en œuvre des systèmes de culture qui s’adaptent.  Le meilleur indicateur  de ces trajectoires est certainement l’évolution des assolements où on constate que d’une sole du début des années 2000, résultant principalement de rotations colza/blé/orge avec une part de maïs ensilage variable d’un secteur à l’autre, les cultures de tournesol, maïs grain sont dorénavant bien présentes aux coté de l’orge de printemps et du pois. Autant de cultures de printemps et d’été qui vont permettre de « dé-spécialiser » les systèmes, leur redonner plus de diversité pour réduire incidemment la nuisibilité des bio-agresseurs.  Parmi ces nouvelles cultures, un temps fort a été consacré au détail de l’itinéraire technique du soja, culture qui se développe en Lorraine et qui présente bon nombre d’avantages  au rang desquels on pourra citer la très faible dépendance aux phytosanitaires, un faible besoin d’intrants et donc de trésorerie (en se basant sur 90% de semences prélevées), une coupure de rotation forte (adventices et maladies) et un bon niveau de marge brute. Cette culture sera d’autant plus utile que la famille des légumineuses est en perte de vitesse avec une sole de pois et de féverole qui décroit régulièrement, privant nos successions de culture de ce très bon effet précédent à blé.


La rotation est maintenant bien perçue par chacun comme l’élément clef de la performance agronomique et économique. Une fois celle-ci construite, adaptée au contexte de chaque exploitation, les leviers dits « secondaires » sont mis en œuvre (optimisation du travail du sol, micro doses, mélanges variétaux etc…) et des techniques innovantes sont également testées comme autant de  pistes de progrès enthousiasmantes. Beaucoup de techniques sont exposées lors de ces réunions comme pistes de recherche plus ou moins abouties  (relay cropping, semis précoces, associations interspécifiques, fertilisation localisée etc…) ou en devenir. Ainsi, le suivi du statut azoté des blés au travers de l’INN ( indice de nutrition azotée) au stade jeune des céréales fait partie de ces nouveaux outils qui, si leur fiabilité technique est validée, permettra d’affiner la gestion azotée de la fertilisation des céréales d’hiver pour lesquelles les indicateurs de sortie d’hiver sont peu prédictifs de la « juste dose ». Rendez-vous a été pris début 2018 pour les deuxièmes réunions d’hiver qui permettront de débattre des itinéraires techniques quelques semaines avant le redémarrage des cultures.

 

Frédéric ARNAUD

Chambre d’agriculture 54